
Notre dernière grande bourse annuelle aux monnaies du dimanche 17 mai dernier a été un franc succès. L'exposition était sur le thème des monnaies premières et des protomonnaies, c'est-à-dire comment les objets de prestige, symboliques ou utilitaires ont pu devenir des médiums d'échange puis des monnaies premières ou protomonnaies pour ensuite devenir de vraies monnaies avec valeur faciale tout en conservant une forme rappelant l'objet d'origine puis un objet de métal rond, carré ou perforé mais sans plus aucun rapport avec l'objet qui est à son origine.

L'exposition faisait le parallèle entre les objets monétaires des différents continents ayant une origine non pas commune, mais similaire, notamment des convergences numismatiques comme les monnaies-bèches chinoises et les houes africaines, ou les talents méditerranéens "peau de boeuf" de cuivre chypriotes, minoens ou mycéniens et les croisettes du Katanga qui ont une forme utilitaire similaire ayant abouti à des formes relativement proches pour permettre le transport ou la ligature des lingots... ou encore l'utilisation des haches à double tranchants que partageaient les Mycéniens et Minoens (les "labrys") avec les Gaulois et les Celtes (haches à douilles) et aussi les magnifiques haches sculptées en fer du peuple Songye (appelées Kilonda ou Nsapo) en Afrique.

Une autre analogie est celle des rouelles et des monnaies perforées d'un trou au centre (carré en Chine ou rond en Europe et en Inde mais avec des notables exceptions... Ce qui était assez impressionnant, ce sont les protomonnaies africaines en forme d'armes de toutes sortes ayant surtout servi d'apparat et de présent à offir comme dote à la famille pour épouser une femme ou pour acquérir des biens de prestige tels animaux domestiques ou terres, tenant compte que ces armes étaient souvent plutôt de magnifiques oeuvres d'art sans véritable utilité pratique compte tenu de leurs formes qui privilégiaient l'aspect esthétique au détriment de l'aspect fonctionnel, comme les haches Songyé ou les couteaux Mangbétu du Congo R.D.C. ainsi que les armes d'apparat de bien d'autres peuples africains. Il en allait de même pour les couteaux "Kriss" d'Indonésie, magnifiques avec leurs fourreaux en forme de bateau.
Un autre cas intéressant est celui des lingots d'argent de Chine (pur ou à bas titre, cela dépend...) qui étaient des émissions privées mais dont la valeur était certifiée par les inscriptions comme les sycees, les lingots en forme de selle de cheval, ou encore les "langues de tigre", lingots monétaires utilisés en Thaïlande et en Asie du Sud-Est.
Notre propre monnaie, inventée par les Lydiens (Crésus en Asie Mineure avec les minerais charriés par le fleuve Pactole) et les Grecs, mais avec un précédent unique égyptien d'un-demi dében émis en Phénicie à l'époque de Tout-Ankh-Amon (1345-1327 av JC) portant le cartouche du pharaon, trouve son origine dans de petits lingots portant le poinçon de l'Etat émetteur. Par la suite dans l'Europe antique, les monnaies premières locales (rouelles et haches à douille dans le monde celtique, gros lingots de bronze "aes grave" et "aes signatum" dans le monde italique et romain, petits poissons ou dauphins en cuivre dans le monde thrace et scythique le long de la Mer Noire) seront remplacées par de vraies monnaies, d'abord copiées sur les modèles grecs et romains, puis chaque peuple créera sa propre monnaie avec ses motifs particuliers et originaux reprenant parfois une référence historique aux monnaies premières antérieures :

On ne compte pas les monnaies gauloises où figurent des rouelles à 4 rayons, ou les monnaies grecques où figurent les "labrys" ou les "trépieds" ou autres "talents peau-de-boeuf" tout comme les monnaies de 5 francs et 1 franc de l'éphémère République du Katanga de Moïse Tschombé ont représenté la croisette du Katanga pour rappeler le souvenir de l'antique système monétaire en vigueur depuis l'époque du Grand Zimbabwé durant tout le moyen-âge et jusqu'au début du XX° siècle, et tout comme la République de Chypre a émis en l'an 2000 un talent peau-de-boeuf de 2 livres chypriotes en argent de la même forme que les antiques talents "oxhide" de 25 à 30 kg retrouvés partout en Méditerranée jusqu'en Angleterre et quelques talents miniatures dont nous ignorons l'usage votif, monétaire ou d'échantillon dont il existe une dizaine de cas dans les musées grecs et chypriotes, dont celui de la photo ci-dessus.
